lundi 19 avril 2021

Lecture qui nous mène en Sicile

Suite à l’article Gibellina en Sicile, rédigé par notre amie Claude Carrau (14 avril 2021), voici une lecture du premier chapitre d’un ouvrage appelé « L’Italie Buissonnière », écrit par Dominique Fernandez (2020, Éd. Grasset).

 
 
C’est un recueil contenant des histoires qui s’inspirent autant de la Sicile que de la Calabre, de l’Apulie et autres provinces italiennes qui sont les trésors de la péninsule. Peintures et sculptures à l’air libre, hors des musées.

Chasse au trésor qui nous incite à connaître des chefs d’œuvres isolés, inconnus situés dans des endroits perdus (en ville ou en campagne).

C’est une balade surprenante que nous faisons dans une Italie secrète qui se révèle au lecteur curieux.

dimanche 18 avril 2021

Les madones de Pinturichio, Alexandre VI Borgia et Giulia Farnese

   

Pinturichio, Madona della pace, 1490, San Severino Marche

Pour rester dans les étranges parcours accomplis par certains merveilleux tableaux de la renaissance italienne, je voudrais ici vous parler d’une œuvre mythique d’un peintre ombrien un peu moins connu que le Pérugin. Malgré une appréciation un peu dépréciatrice de Vasari qui ne l’aimait guère, Le Pinturicchio (Bernardino di Betto), est pourtant certainement un des grands maîtres de la première renaissance à l’égal des Raphaël et autres Michelange tellement plus célèbres. Ses madones en particulier n’ont rien à envier à Filippo Lippi. Pinturicchio (Pinturicchio Wikipédia) est généralement associé à Pérugin. Tous deux sont natifs de Pérouse et on a décrit Pinturicchio comme son élève, bien qu’il n’ait eu que quelques quatre ans de moins. Les deux peintres on été souvent associés dans des collaborations pour le Vatican et d’autres œuvres: ils étaient manifestement très proches dans la première partie de leurs vies et Pinturicchio dont la production de fresques et de tableaux à thèmes religieux est considérable, reçoit de nos jours de plus en plus de considération de la part des spécialistes de l’art.

Je voudrais sacrifier ici aux côtés un peu ragotier de l’histoire de l’art qui concerne le début du cinquecento: Alexandre VI Borgia est le pape controversé dont tout le monde a entendu parler et qui a fait couler tellement d’encre. Pinturicchio, qui a déjà à son actif  de formidables travaux pour la Sixtine avec le Pérugin, et autres, pour Innocent VIII,  pour Nicolò Buffalinini ombrien comme lui, puis Sixte VI Della Rovere, est appelé par Borgia à réaliser la décoration en fresques des appartements et de sa chambre en 1492. Il est déjà passé maître dans l’art particulier des madones avec enfant Jésus et il va peintre dans cette même chambre une madone à l’enfant qui est connue sous le nom de « aux mains » à cause de l’attitude particulière de l’enfant.

Cette œuvre est aujourd’hui disparue dans son intégrité car plus de 150 ans plus tard, le pape qui choisit curieusement pour nom Alexandre XII, fait enlever la fresque de la chambre où elle était peinte: l’histoire a voulu croire que cette fresque représentait en fait le pape Borgia prosterné aux pieds de sa célèbre maîtresse Giulia Farnèse dont le frère deviendra pape sous le nom de Paul III en 1534. 

Il subsiste à ce jour une copie de ce tableau réalisé par Pietro Facchetti qui avait apparemment pu voir l’original avant sa destruction et l’on comprend en la voyant que l’identification de la madone, qui est faite, avec la célèbre maîtresse du pape Borgia et du fils qu’elle lui a apparemment donné ait pu scandaliser les religieux qui participent entre 1542 et 1563 au fameux concile de Trente convoqué par Paul III.

La copie de Pietro Facchetti

Borgia et les fragments d'une madone propriétés de Eleonora Chigi Albani della Rovere      

Une exposition de Jésus a Chiusi della Verna (Arezzo)  

L’histoire raconte aussi que le pape Borgia, qui avait eu, entre autres Lucrèce et César, issus d’une autre relation antérieure, était particulièrement amoureux de Giulia et prêt à tout pour la possession de son infinie beauté.

Récemment, en 2017, une exposition a eu lieu à Rome au musée du capitole (les fragments d'une madone exposés au capitole), où étaient mis en avant deux fragments qui semblent bien être des restes magnifiques de la fresque originale. Un mystère supplémentaire concernant le fragment de la vierge réside dans les signes cabalistiques qui figurent sur son voile sans signification claire.

 


Le mystérieux parcours de ces fragments est fascinant et l’interprétation que nous pouvons en faire aujourd’hui, est double:

D’une part, les critiques et historiens de l’art pensent que le visage de ces madones de Pinturicchio si nombreuses, dont certaines ont été peintes bien avant l’histoire d’amour de Borgia et Giulia, ne sont finalement que la représentation un peu symbolique et idéale de la beauté de la femme.

Pour les autres, galéristes contemporains, et responsables d’expositions il est naturel de les présenter dans le mystère historique d’évènements passés qui accroitra  l’intérêt des visiteurs pour ces mêmes chef d’œuvres. On ne sera pas étonné dans ce contexte qu’une nouvelle madone que l'on voit ci dessous, mentionnée en 1933 et dont la douteuse attribution à Pinturichio est discutée, volée à un collectionneur pérugin en 1990 et retrouvée récemment par les carabiniers ait fait l’objet d’une exposition  au musée national de l’Ombrie en 2019.   

Une madone au musée national de l'ombrie


 

vendredi 16 avril 2021

Pâtes italiennes

Quand on met la main à la pâte, il en reste toujours quelque chose aux doigts.

(proverbe français)


Comme une présentation de pâtes a remplacé nos diaporamas culturels, je vais essayer d'aborder quelques questions souvent déjà posées, donc essentielles :

  • Qui a inventé les pâtes ?

J'ai choisi un article de Futura-sciences (un site né il y a 20 ans), il est bien documenté et richement illustré, voici sa présentation : 

Le plat de nouilles le plus ancien, découvert en 2002, est chinois : il a 4000 ans. Des recettes de pâtes ont été déchiffrées dans un traité culinaire babylonien datant de 1700 avant J-C. Les Grecs, les Romains, les Arabes consomment des pâtes bien avant Marco Polo et son voyage en Chine, à la fin du XIIIe siècle. Dans son livre "Le devisement du Monde", paru en 1298, celui-ci déclare que les lasagnes chinoises sont « bonnes autant que celles qu'il a mangées tant de fois en Italie »...

 

Jeune paysan mangeant des pâtes
Maître de l’Annonciation aux Bergers
  • Comment les Italiens mangent-ils les spaghettis ?
Le site "La cuisine italienne" a clos le débat il y a plus de 10 ans !

  • Quelles sont les meilleures pâtes italiennes ?
Comme il est absolument impossible de répondre à cette interrogation, puisque les goût et les couleurs… 
Je vous propose d'aborder la question des pâtes sous un angle plus sanitaire que gastronomique. Voyons ce qu'en dit le site Protégez-vous, un peu l'équivalent de "Que choisir", d'après une amie d'origine québécoise.

Nous pouvons aussi nous pencher sur :

Enfin, puisqu'il faudra bien finir par les choisir, les préparer et les déguster, voici la page "pâtes" de la Cuisine de A à Z
 



mercredi 14 avril 2021

Gibellina en Sicile

Gibellina, village agricole au sud-ouest de Palerme fut terrassé par un tremblement de terre une nuit de janvier 1968. La force de la secousse sismique a fait 370 morts (dont 99 à Gibellina), plus de 1000 blessés et quelque 70.000 sans abris. Quatre des quatorze villages de la région ont été complètement détruits : Gibellina, Salaparuta, Poggioreale et Montevago. Lorsque l’aube se leva dans cette vallée du Belice, le village accroché à la colline avait disparu, anéanti sous les décombres. Il y eut deux cents morts à la première secousse. Les survivants eurent le temps de s’enfuir avant la seconde, trois jours plus tard, qui ensevelit les carabiniers envoyés à la garde des maisons.

Gibellina s’est dédoublée
: d’un côté la ville morte, inhabitée, dont on a voulu sceller le sort en recouvrant ses anciens quartiers d’une épaisse dalle de béton, coulée sur le flanc sud-est de la colline et, à une dizaine de kilomètres de là, la ville nouvelle, véritable vitrine de l’architecture postmoderne…

Il Grande Cretto di Alberto Burri :
un monument commémoratif muet 

Invité en 1981 par Ludovico Corrao à créer une œuvre d’art pour Gibellina Nuova, Alberto Burri, artiste majeur de la seconde moitié du  XXe siècle, s’avoue peu inspiré par le site. Il demande à voir le lieu du village original et propose de travailler sur les ruines même de Gibellina Vecchia et de réaliser une oeuvre dans la mouvance du land art.

Il laberinto della memoria ou il Grande Cretto di Gibellina (1984-1989) d’Alberto Burri, est la plus grande œuvre de land art d’Europe [1]. Formée par 122 blocs de ciment d’un mètre soixante de haut, et constituée de pièces de taille et de forme différentes (qui mesurent entre dix et vingt mètres de large), l’œuvre s’étend sur douze hIectares, dans un quadrilatère de 300 mètres sur 400. Elle est placée sur un terrain escarpé et en pente. Conçu comme un suaire, comme un mémorial de la tragédie, le Cretto di Burri recouvre une partie des ruines de Gibellina Vecchia. 

Gibellina Nuova : Ludovico Corrao, maire de Gibellina, fait appel à de célèbres artistes et architectes pour imaginer la reconstruction de Gibellina Nuova à travers l’art.

Gibellina Nuova, qui se trouve à une quinzaine de kilomètres de l’ancienne Gibellina, est aujourd’hui le berceau de nombreuses et impressionnantes œuvres architecturales et sculptures en plein air. Joseph Beuys, Alighiero Boetti, Mimmo Paladino, Pietro Consagra, Arnaldo Pomodoro, Daniel Spoerri ou encore Carla Accardi comptent parmi les artistes qui ont contribué à la renaissance de la ville.

Adoptant un urbanisme en forme de papillon. On entre dans Gibellina Nuova, via l'immense "étoile du Belice" de métal à cinq branches de Pietro Consagra, qui enjambe la quatre-voies, avant de découvrir une cinquantaine d’œuvres polymorphes et radicales, éparpillées dans ce village où artistes et population n’ont jamais vraiment dialogué.



De nombreuses sculptures contemporaines sont disséminées à travers toute la ville.

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L'élément principal, la nouvelle église : La Chiesa Madre

La Chiesa Madre est certainement le monument le plus emblématique de la rupture recherchée au niveau architectural. Elle est située au centre de la ville, au sommet d'une petite colline. Elle est construite selon un plan carré de 50 mètres de côté environ, sur lequel est posé une grande sphère blanche inspirée de l'architecture arabe.

Quinze ans se sont écoulés entre le projet (1972) et sa réalisation (1986). En août 1994, une partie du bâtiment s'effondre, laissant l'église, encore aujourd'hui, à ciel ouvert. (Les auteurs du projet sont Ludovico Quaroni, Luisa Anversa, Sergio Musmeci, Giangiacomo D'Ardia et Livio Quaroni) 35 ans plus tard, une ville sans âme, déjà délabrée, grisâtre même sous le soleil, aux rues rectilignes ponctuée de sculptures monumentales.

La trop grande place publique sans arbres, sans ombre, est déserte. Les édifices publics griffés semblent abandonnés. Conçue pour loger jusqu’à 13 000 personnes, elle n’est habitée que par 3000 Gibellinesi. Trop étendue, la ville est peu agréable à parcourir à pied, et ses habitants utilisent la voiture dans leurs déplacements, ce qui limite l’animation et les rencontres… La culture des sinistrés a été balayée au nom d’une Culture qui leur est étrangère. Le mode de vie des habitants qui ont connu le séisme n’a plus rien à voir avec leur vie d’avant. S’ils veulent retourner sur les lieux où ils sont nés, ils pourront difficilement y retrouver leurs souvenirs…

Le 7 août 2011, Ludovico Corrao, âgé de 84 ans, ancien sénateur du parti communiste italien et ancien maire de la ville sicilienne de Gibellina, dans la province de Trapani, fut trouvé assassiné dans sa chambre à la fondation Orestiades, dont il était le président. Il avait été égorgé avec un couteau de cuisine par un jeune homme de 21 ans originaire du Bangladesh, qui était son domestique et son amant. Fin tragique, à la Pasolini, pour celui qui depuis longtemps était engagé dans la vie intellectuelle de la Sicile et dans le combat contre l’ignorance imposée par la mafia à toute une population de paysans.

Pour en savoir plus sur Gibellina :
Gibellina (2010), deux films de l’artiste français Raphaël Zarka, qui présentent d’une part les ruines recouvertes par l’œuvre d’Alberto Burri et, de l’autre, la ville reconstruite avec ses rues aux noms des artistes de la seconde moitié du XXe siècle. 

Plus de précisions à propos de Gibellina.


Village de Poggioreale
 : Là, en revanche, les ruines de l'ancien village ont été conservées.


  Poggioreale Nuovo vieillit lui aussi très mal

lundi 12 avril 2021

Retables de Pérugin et Raphaël, le rôle de Jean Baptiste Wicar

 

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La pinacothèque BRERA à Milan a mis en vis-à-vis en 2017 deux œuvres majeures, et très proches dans leur sujet, du Pérugin (1499) et de Raphaël son élève (peinte seulement cinq ans plus tard). Le sujet est le mariage de la vierge devant le temple. Comme l’article commentant cette mise en parallèle le dit très clairement, Raphaël vivant alors en Ombrie réalise ce tableau commandité par les franciscains de Città di Castello, et s’inspire largement de son maître dans sa réalisation tout en utilisant la plus grande liberté expressive qui fera de lui à Rome l’immense artiste que la Renaissance reconnaîtra.

L’histoire future de ces deux tableaux est vraiment extraordinaire et mérite, je crois, d’être rapportée ici au-delà de l’étude comparative qu’elle suscite concernant les rapports entre le maître et l’élève dont les notoriétés respectives sont considérables.

Étant originaire de Città di Castello par ma mère, j’ai entendu depuis longtemps l’histoire du tableau (à gauche) de Raphaël, qui a été enlevé avec d'autres Raphaëls au patrimoine « Castellano » au moment du Risorgimento par les nouvelles politiques du roi sarde devenu souverain italien, qui voulaient constituer évidemment dans le nord de l’Italie les grands musées nationaux, dont la pinacothèque Brera à Milan. Cela nous rappelle les évènements français de la période révolutionnaire auxquels participèrent largement David et Fragonard, etc, qui, en ces temps troublés, firent converger vers le Louvre bien des œuvres de province.

Concernant le tableau de Pérugin (à droite), l’histoire est encore bien plus remarquable. Ce tableau initialement commandé par la confraternité de saint Joseph pour la chapelle du saint anneau de la vierge de la cathédrale Saint-Laurent de Pérouse et qui était exposé à côté de la relique de ce même saint anneau allait être lui aussi victime du goût et de la rapacité des révolutionnaires impériaux français. En particulier, un élève particulier de David, Jean Baptiste Wicar, peintre lillois lui-même, allait jouer un rôle majeur dans cette histoire. Ce peintre collectionneur, imparti de l’autorité révolutionnaire, bientôt impériale, trouva en effet ce tableau digne des musées de France et allait s’en emparer avec beaucoup d’autres (l'abondance des œuvres du Pérugin dans les églises de Pérouse dans les états du Vatican, a sans doute favorisé un pillage de masse après le "traité de Tolentino" en 1797 et il apparaît que ceux-ci ont été largement disséminés au Louvre, à Rouen, Nantes et dans d'autres villes françaises) pour qu’il soit finalement devenu propriété du musée des Beaux Arts de Caen à qui il appartient encore ce jour : la Pinacothèque Brera l’ayant obtenu seulement pour un prêt de deux ans en échange avec le « diner d’Emmaus » du Caravage. L’histoire somme toute banale (voir les articles récents de Jean-Louis Gautreau dans ce même blog) des spoliations d’œuvres d’art dont l’Europe a été de tout temps le théâtre serait finalement peu extraordinaire si un petit détail ne venait pimenter ce récit : pour se faire « pardonner » et combler le vide créé dans la cathédrale de Pérouse par la disparition de la « pala perugina », Wicar, qui mérite par la même un intérêt nouveau, fait placer à la place du tableau enlevé, une de ses propres œuvres qui a le même sujet, mais dont l’intérêt artistique peut laisser des doutes, car il n’est à mon avis qu’une pâle représentation pompière du mariage de la vierge : à vous de juger ci-dessous ! 

Comme pour David, devenu immensément riche sous la restauration (mais certainement avec davantage de mérites artistiques), Wicar, qui collectionnera et constituera lui-même et pour son compte une immense collection profitera largement de sa position. Il vendra contre espèces sonnantes (11 000 écus romains), une partie importante de celle-ci à un marchand d’art anglais, parvenue ensuite au grand peintre de même nationalité, Lawrence qui constituera ensuite une partie importante du fond de la collection d’Oxford. Pour finir, il fera don de ce qu’il aura accumulé à son décès en 1834, (Filippino Lippi, Andrea Mantegna, Sandro Botticelli, Giulio Francia, Andrea del Sarto, Fra Bartolomeo, Michel-Ange, Raphaël, Poussin, David, Durer, Cranach etc) à la société des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille.

L’article de Wikipédia qui lui est consacré mentionne aussi un côté cafardeur et puritain de sa personnalité : en 1794, dans les moments où il en fallait peu pour se retrouver décapité par le comité de salut public, il dénonce à la Société républicaine des arts Louis-Léopold Boilly (peintre intéressant et moins attiré par le pompier triomphant) qui avait peint entre autres des scènes galantes qui n’ont pourtant rien de pornographique à l’époque de Boucher et Fragonard. 

Il est amusant de voir combien l’histoire de l’art est peu rancunière puisque le musée national de l’Ombrie expose une partie de ses œuvres. D’autres fonds importants de ses travaux se retrouvent à l'Accademia di belle arti Pietro Vannucci de Pérouse et au musée napoléonien de Rome. Voilà un artiste qui sut ménager réussite financière, notoriété et rester en bonnes grâces avec les pouvoirs politiques changeants. Il existe encore de nos jours une fondation Wicar à Lille.

Un lien en Italien sur l'exposition de Brera


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vendredi 9 avril 2021

Tropea est le Village des Villages italien 2021

Tropea, Santuario di Santa Maria dell’Isola

Tropea est le Village des Villages (Borgo dei Borghi) 2021, une perle rare

La « Perla del Tirreno », l'une des attractions les plus charmantes de Calabre, a été élue le plus beau village de l'année.

Rebaptisée «la Perle de la Tyrrhénienne», la splendide Tropea a été élue « Borgo dei Borghi 2021 ». La célèbre station balnéaire de la province de Vibo Valentia, l'une des plus belles destinations de Calabre, a conquis la plus haute marche du podium du classement spécial de la huitième édition de l'émission diffusée sur Rai 3, qui a vu concourir 20 splendides villages de notre péninsule.

Connue pour ses plages de sable blanc, ses eaux cristallines et les grottes suggestives qui font partie de la célèbre « Costa degli Dei » (Côte des Dieux), Tropea est une ville qui combine ses innombrables merveilles naturelles avec le soin et la mise en valeur de son immense patrimoine culturel, à tel point qu'elle a été surnommée «La petite Athènes de Calabre».

Le village se dresse dans une position panoramique sur un haut promontoire tufaceous, à cheval sur les golfes de Gioia Tauro et Santa Eufemia Lamezia, s'élevant comme une terrasse panoramique surplombant la mer, déjà connue et appréciée à l'époque romaine.

La petite et charmante vieille ville offre des vues à couper le souffle, comme la vue splendide sur la côte, mais aussi des témoignages architecturaux précieux, notamment les palais nobles des XVIIIe et XIXe siècles, perchés sur la falaise à pic, sur la charmante plage en contrebas.

Le symbole incontestable de Tropea est le grand rocher sur lequel se dresse le sanctuaire de Santa Maria dell’Isola, un lieu d’une beauté unique au centre d’histoires et de légendes captivantes. Pour y accéder et admirer tout son charme mystique, il faut monter un escalier creusé dans la roche. Une fois au sommet, vous êtes confronté à un spectacle qui vous laisse bouche bée. Le jardin luxuriant qui entoure le sanctuaire offre en effet une vue qui longe la côte et va jusqu'aux îles Éoliennes et aux côtes siciliennes, avec le Stromboli, le Vulcano et l'Etna à l'horizon.

N'oublions donc pas que le nom de ce magnifique village calabrais est lié au célèbre oignon rouge de Tropea, symbole gastronomique de ce merveilleux territoire. Mais pour en faire l'un des centres touristiques les plus importants de la Calabre et de tout le Sud, ce sont aussi les innombrables événements qui offrent aux visiteurs l'opportunité de s'initier aux traditions de cette terre, ainsi que de nombreuses initiatives culturelles et scientifiques pour valoriser le patrimoine historique, artistique et environnemental d'une région pleine de merveilles.

Si vous cliquez sur la photo ci-dessus,
vous accéderez à une nouvelle page.
Elle vous permettra de voir une vidéo sur Tropea.

jeudi 8 avril 2021

Aventures d'un retable de Perugino

Pietro di Cristoforo Vanucci, dit Il Perugino (1448-1523) : L’Ascension du Christ en présence de la Vierge et des Apôtres (musée des Beaux-Arts de Lyon). 2,80 x 2,16 m

Ces deux œuvres passées d’un support de bois à un support de toile constituaient la partie centrale d’un polyptyque composé de quinze panneaux, exécutés entre 1495 et 1498 pour le maître-autel de la basilique des Bénédictins Saint-Pierre de Pérouse (Perugia). Le contrat a été signé entre Le Pérugin et l'abbé Lattanzio di Giuliano da Firenze, le 8 mars 1495, pour la somme considérable de 500 ducats d'or. Un délai d'exécution de deux ans et demi maximum a été fixé. Les divers panneaux furent réalisés entre janvier 1496 et la fin de l'année. L'inauguration solennelle a eu lieu le 13 janvier 1500.

Dans la partie supérieure du panneau central, le Christ, dans une mandorle ornée de têtes de chérubins, est entouré de quatre anges musiciens.

Dans la partie basse du panneau, la Vierge est accompagnée de treize personnages sur fond de paysage bleuté. Tous les personnages sont richement vêtus. Ils sont disposés sur trois plans différents. Au centre, la Vierge est encadré de saint Pierre, à sa droite (il tient une grande clé), et de saint Paul, à sa gauche (il tient l’épée de son martyre). Neuf apôtres auréolés sont légèrement en retrait. Au premier plan, deux personnages, situés de part et d’autre du tableau, complètent la composition. A droite, on reconnaît Jean, tenant un livre.

Tous lèvent les yeux et regardent le Christ à l’exception de Paul et d’un autre apôtre.

Aux pieds des personnages se trouvent des plantes finement détaillées.

Dans la lunette placée au-dessus du panneau, apparaît « Le Père éternel entre deux anges »

Sous le panneau central était disposée une prédelle composée de 11 petits panneaux, où 8 portraits et alternent avec trois scènes de la vie de Jésus.

Reconstitution du retable de Perugino

Cette « Ascension » considérée en son temps par l’historien florentin Giorgio Vasari, comme le chef-d’œuvre du Pérugin, fut sans doute admirée par son élève Raphaël.

En 1591, à la suite de la restructuration du chœur de la basilique, la corniche de soutien étant enlevée, les divers panneaux furent séparés et répartis dans diverses pièces de l'église et de la sacristie.

Les sept principaux éléments du retable furent saisis en 1797, par les armées révolutionnaires françaises, dans le cadre du Traité de Tolentino. Ils arrivèrent à Paris, en août 1798, et figurèrent un court moment au Muséum central des Arts de la République, avant d’être dispersés dans plusieurs musées de province.

En 1803, Rouen reçut les 3 éléments principaux de la Prédelle (L’Adoration des Mages – Le Baptême du Christ – La Résurrection). En 1809, Nantes reçut deux grands médaillons latéraux représentant les Prophètes David (à gauche) et Isaïe (à droite). En 1811, le couronnement avec « Dieu le Père bénissant » (lunette) fut déposé dans l’église Saint-Gervais-Saint-Protais de Paris, et le panneau principal, « L’Ascension du Christ » entrait au musée de Lyon.

Après les Cent jours (1815), il fut question de restituer le tableau de Pérugin au Saint-Siège, mais le pape Pie VII en fit don à Lyon en 1816, en souvenir « des témoignages de dévotion et d’attachement à sa personne sacrée donnés par le peuple lyonnais toutes les fois qu’il est passé par cette ville ». Le 1er avril 1816, le cardinal Consalvi  confirma la décision du pape.

Après plusieurs tentatives de regroupement du retable à Lyon, une seule aboutit. En 1952, la lunette avec « Dieu le Père » a retrouvé sa place au-dessus du panneau de « L’Ascension ».